Fondée en 1984 en Corée du Sud par Lee Man-hee, Shincheonji — « Nouveau Ciel, Nouvelle Terre » — se présente comme une église. Elle opère en France sous le nom de Nouveau Ciel Nouvelle Terre et compterait environ un millier d’adeptes.
Ce qu’elle croit
Le mouvement enseigne que Lee Man-hee est le « pasteur promis » annoncé dans le Nouveau Testament, seul homme capable de déchiffrer l’Apocalypse, écrite selon lui en paraboles scellées. Il se présente comme le « Nouveau Jean », celui qui a mangé le petit rouleau du chapitre 10 et a vu s’accomplir toutes les prophéties. Les dénominations protestantes coréennes la classent comme hérésie, précisément à cause de cette déification du fondateur.
Voici l’ensemble des points doctrinaux qui la placent hors du christianisme historique.
- Négation de la divinité de Christ. Shincheonji rejette la Trinité et la divinité du Christ. Jésus y est un être spirituel distinct, non Dieu incarné.
- Négation du retour physique du Christ. Le second avènement n’est plus le retour corporel annoncé en Actes 1:11, mais la venue de l’esprit de Jésus sur Lee Man-hee. La résurrection corporelle est également écartée.
- Un médiateur ajouté. Le salut ne dépend plus de Christ seul mais aussi de la foi en Lee Man-hee et de l’adhésion au mouvement. La « parole révélée » devient la condition finale du salut.
- Exclusivisme absolu. Ceux qui n’appartiennent pas au groupe seront privés de pardon et détruits. Toutes les autres églises sont déclarées corrompues, assimilées à Babylone.
- Les 144 000 pris littéralement. Ce sont les membres des douze « tribus » de Shincheonji, calquées sur les douze apôtres — et seuls les adhérents officiels sont considérés comme sauvés.
- Une Corée prophétique. Apocalypse 7:2 est lu comme une référence à la Corée (« l’Orient ») et à Lee Man-hee, présenté comme le premier ange. Apocalypse 22:16 et la septième trompette lui sont également appliqués.
- La Bible réduite à un code. L’Écriture entière est tenue pour figurative, y compris Genèse 1–3, relu comme une prophétie déguisée sur l’élection d’un pasteur. Seul Lee détient la clé — ce qui rend toute vérification impossible pour le fidèle.
- Une eschatologie déjà accomplie. L’Apocalypse serait entièrement réalisée ; le monde aurait déjà pris fin. Les anges y sont des hommes, et le fondateur laisse entendre qu’il est immortel.
- Le mensonge justifié. Marc 4:11 est détourné pour légitimer la dissimulation : la vérité ne serait due qu’aux initiés. C’est la racine doctrinale de la méthode.
Ce n’est donc pas une variante excentrique du christianisme. C’est un autre médiateur, un autre évangile, au sens exact de Galates 1:8.
La méthode
Rien de tout cela n’est dit au départ. Les recruteurs s’infiltrent dans les églises, les groupes étudiants et les études bibliques en se présentant comme de simples chrétiens non-dénominationnels, puis orientent leurs cibles vers des cours gratuits de six à dix mois. Le nom réel n’apparaît qu’à la fin.
Des fiches internes consultées par la presse britannique évaluent la vulnérabilité des recrues : dépression, isolement, horaires de travail abusifs, méfiance envers les autres églises. D’anciens membres décrivent des groupes truqués, où la majorité des « débutants » sont en réalité des fidèles chargés d’entraîner les vrais candidats. Le mouvement vise aussi les pasteurs, avec des formations théologiques gratuites et des partenariats destinés à capter des assemblées entières.
En parallèle, la secte soigne sa mise en scène avec une vitrine sociale plus qu’honorable : dons du sang, maraudes, et des opérations de nettoyage à Paris. En France, sept anciens adeptes ont porté plainte pour violences, escroquerie et séquestration ; l’organisation réfute et dénonce une campagne de dénigrement. En Corée, son fondateur de 95 ans a été arrêté et inculpé en 2026.
Le ciblage ethnique

C’est le point le plus documenté, et le plus dérangeant. Au Royaume-Uni, d’anciens membres s’étonnaient de voir une assemblée presque exclusivement composée de jeunes Noirs. En France, une ex-adepte raconte à France 3 Paris avoir reçu la consigne de ne recruter que les personnes noires, plus faciles à convaincre. L’organisation dément et affirme évangéliser toutes les origines.
Le même schéma se retrouve au Nigeria et en Afrique de l’Ouest, où l’offre de formation biblique gratuite séduit des croyants et des pasteurs sans moyens.
Aucun document interne ne prouve un ciblage racial décidé en haut lieu. Ce qui est établi, c’est le profilage systématique de la vulnérabilité — et le fait que des chrétiens sincères, mais peu formés doctrinalement, y sont plus exposés.
Conclusion
Shincheonji ne gagne pas des athées : elle moissonne dans nos assemblées. La parade n’est ni policière ni médiatique, elle est doctrinale. Une église qui enseigne solidement la personne du Christ et propose une lecture équilibrée de l’Apocalypse n’est pas vulnérable à l’infiltration. Si le Réseau évangélique suisse a donné l’alerte, en France, les alliances évangéliques se taisent encore…

