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GeorDavie et Kathryn Krick : onction, emprise et silence — anatomie d’une affaire

Entre accusations d’abus sexuels et défense inconditionnelle, plongée au cœur de l'affaire GeorDavie-Kathryn Krick et des mécanismes d'une emprise spirituelle dévastatrice.

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Mis à jour le : 13 août 2026 15h39
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Un « père spir­ituel » tan­zanien accusé par six femmes d’abus sex­uels et de manip­u­la­tion psy­chologique. Une prédi­ca­trice améri­caine dev­enue star des réseaux soci­aux, qui le défend envers et con­tre tout. Entre les deux, une doc­trine de la « trans­mis­sion d’onc­tion » qui explique, en creux, com­ment un sys­tème d’emprise a pu prospér­er pen­dant huit ans dans l’in­dif­férence qua­si générale.

Un homme, un titre, une autorité

Geor­Davie dirige Geor­Davie Min­istries Inter­na­tion­al depuis Arusha, en Tan­zanie. Il est présen­té à l’in­ter­na­tion­al comme un prophète puis­sant, capa­ble de mir­a­cles, de guérisons et de délivrances spec­tac­u­laires. Mais c’est surtout par ric­o­chet qu’il est devenu con­nu du grand pub­lic occi­den­tal : il est le men­tor revendiqué de Kathryn Krick, fon­da­trice de la Five-Fold Church (5F Church) à Los Ange­les, dont les vidéos de délivrance cumu­lent des mil­lions de vues.

Kathryn Krick l’ap­pelle publique­ment son « père spir­ituel ». Elle affirme avoir reçu de lui un « man­teau » ou une « onc­tion » qui fonderait, en par­tie, la légitim­ité de son pro­pre min­istère. C’est cette chaîne de trans­mis­sion qui mérite d’être inter­rogée, bien avant que n’é­cla­tent les accu­sa­tions.

Une doctrine qui prépare le terrain

La con­fes­sion de foi de Geor­Davie reprend les fon­da­men­taux évangéliques clas­siques — Trinité, divinité du Christ, salut par grâce. Mais plusieurs élé­ments s’en écar­tent dan­gereuse­ment.

D’abord, l’idée que Dieu ne serait pas lim­ité par ce qui est écrit dans la Bible. Une affir­ma­tion en apparence anodine, mais qui ouvre la porte à des révéla­tions per­son­nelles échap­pant à tout con­trôle scrip­turaire — la porte, donc, à l’ar­bi­traire d’un homme.

Ensuite, une théolo­gie de la dom­i­na­tion et de la prospérité : pass­er de l’échec au suc­cès, de la pau­vreté à l’abon­dance, de la médi­ocrité à la grandeur. Le Roy­aume tel que Jésus l’en­seigne, fondé sur le renon­ce­ment à soi et le ser­vice, y est large­ment sup­plan­té par une logique de réus­site matérielle, y com­pris via le principe du don-semence cen­sé pro­duire un retour.

Mais le point le plus sig­ni­fi­catif reste celui de l’« impar­ta­tion » et de l’onc­tion trans­mise de père spir­ituel à fille spir­ituelle. Ce mécan­isme installe une dépen­dance : l’au­torité d’un min­istère ne repose plus unique­ment sur l’Écri­t­ure ou le fruit spir­ituel vis­i­ble, mais sur la prox­im­ité avec un homme investi d’un pou­voir sup­posé unique. Un tel sys­tème, une fois en place, rend toute cri­tique du men­tor extrême­ment coû­teuse pour le dis­ci­ple — puisque le remet­tre en cause revient à remet­tre en cause sa pro­pre légitim­ité.

C’est pré­cisé­ment dans ce cadre que les accu­sa­tions les plus graves ont émergé.

Le mode opératoire dénoncé par six femmes

Une enquête jour­nal­is­tique du média The Guru Mag­a­zine, menée par Be Scofield (pub­liée sur HBO, Vice, CNN, The New York Times, etc.), doc­u­mente au moins six cas de vic­times ou de témoins directs, répar­tis entre Los Ange­les, la Tan­zanie et l’Afrique du Sud. Le mode opéra­toire décrit est cohérent d’un témoignage à l’autre : des séances de « délivrance », en privé ou par télé­phone, détournées pour inter­roger les femmes sur leur intim­ité sex­uelle, leur deman­der de se touch­er pen­dant la prière, sous cou­vert de « purifi­ca­tion » de mar­ques ou de malé­dic­tions spir­ituelles. Cer­taines femmes rap­por­tent égale­ment des sol­lic­i­ta­tions sex­uelles directes, assor­ties de la promesse d’une « impar­ta­tion » spir­ituelle en échange.

Le témoignage le plus détail­lé est celui de Melis­sa Archer, anci­enne mem­bre de la con­gré­ga­tion de Kathryn Krick. Elle affirme n’avoir jamais demandé de prière con­cer­nant ses par­ties intimes, mais une sim­ple séance de délivrance générale — c’est Geor­Davie, dit-elle, qui aurait intro­duit le sujet, l’in­ter­ro­geant sur sa pilosité, lui deman­dant de se touch­er pen­dant l’ap­pel, et pré­ten­dant pou­voir la voir « nue » de façon prophé­tique pour jus­ti­fi­er ses ques­tions. Elle décrit égale­ment une sec­onde con­ver­sa­tion où il l’au­rait inter­rogée sur son désir pour un homme qu’elle avait embrassé, avant de lui pro­pos­er une « alliance » per­son­nelle — propo­si­tion qu’elle dit avoir refusée. Elle y voit une manip­u­la­tion pro­gres­sive des­tinée à tester ses lim­ites, une forme de con­di­tion­nement typ­ique du groom­ing (manip­u­la­tion con­sis­tant à tester pro­gres­sive­ment les lim­ites d’une per­son­ne) spir­ituel.

D’autres témoignages s’a­joutent : une vic­time anonyme à Los Ange­les ayant sig­nalé une agres­sion en 2018, deux femmes en Tan­zanie décrivant des abus sex­uels directs, et deux femmes sud-africaines dont la pas­teure Ansie Viss­er a pu con­sul­ter les mes­sages où Geor­Davie pro­po­sait explicite­ment une rela­tion sex­uelle con­tre une onc­tion spir­ituelle.

Face à ces accu­sa­tions, Geor­Davie a pub­lié une réponse détail­lée niant caté­gorique­ment toute inten­tion ou con­duite sex­uelle. Il explique ses pro­pos par un choix cul­turel de com­mu­ni­ca­tion « directe », l’anglais n’é­tant que sa troisième langue, et affirme que les ques­tions posées s’in­scrivaient dans un cadre exclu­sive­ment pas­toral de délivrance d’une oppres­sion démo­ni­aque. Il con­teste égale­ment avoir jamais pro­posé une « alliance » per­son­nelle, et rejette en bloc les accu­sa­tions sud-africaines. À ce jour, aucune procé­dure judi­ci­aire n’a abouti à une con­damna­tion : l’af­faire repose sur des témoignages, des enreg­istrements et des cor­re­spon­dances, non sur un ver­dict.

Août 2026 : l’audio, le déni et la loyauté réaffirmée

Depuis la pub­li­ca­tion de l’enquête du Guru Mag­a­zine le 6 août 2026, l’affaire a con­nu plusieurs rebondisse­ments sig­ni­fi­cat­ifs. Le 10 août, le même média a dif­fusé l’enreg­istrement audio de la séance de délivrance télé­phonique entre Geor­Davie et Melis­sa Archer. On y entend le prophète tan­zanien diriger pro­gres­sive­ment la con­ver­sa­tion vers des ques­tions explicite­ment sex­uelles : il demande à la jeune femme de se touch­er les seins et le sexe « dans le nom de Jésus », s’enquiert de sa pilosité pubi­enne, affirme voir des « tags » de sor­cel­lerie liés à des actes sex­uels sur son corps, et lui déclare même qu’un mes­sage spir­ituel « Sex with women only » lui est attaché. Archer, qui n’avait jamais évo­qué ces sujets, explique avoir obéi unique­ment parce qu’il pré­tendait dis­cern­er ce qu’elle ne pou­vait pas voir.

Quelques jours plus tard, Geor­Davie a pub­lié une réponse offi­cielle de déné­ga­tion caté­gorique : il rejette toute agres­sion, toute con­duite sex­uelle inap­pro­priée pen­dant la prière, toute instruc­tion de se touch­er, et tout usage de sa posi­tion pas­torale à des fins per­son­nelles. Kathryn Krick, de son côté, a réaf­fir­mé publique­ment son sou­tien indé­fectible : « Je me tiens à ses côtés et je le ferai tou­jours, parce qu’il est un vrai prophète et qu’il est totale­ment pur. »

Ces déc­la­ra­tions, dif­fusées sur les réseaux et com­men­tées mas­sive­ment, n’ont pas clos le débat. Elles ont au con­traire relancé les inter­ro­ga­tions déjà présentes dans l’enquête : com­ment une dirigeante qui affirme avoir été alertée dès 2018 peut-elle con­tin­uer à présen­ter son men­tor comme « pur, sem­blable au Christ », alors que des enreg­istrements et des mes­sages con­crets sont désor­mais acces­si­bles ? L’absence de procé­dure judi­ci­aire aboutie laisse l’affaire dans le domaine des témoignages et de la crédi­bil­ité. Mais la pub­li­ca­tion de l’audio et le dou­ble mou­ve­ment de déné­ga­tion + loy­auté absolue ren­dent encore plus vis­i­ble le mécan­isme décrit plus haut : une doc­trine de l’onction trans­mise qui rend presque impos­si­ble, pour le dis­ci­ple, de remet­tre en cause la source sans s’effondrer soi-même.

Kathryn Krick : entre fruits réels et signaux d’alerte

C’est là que le rôle de Kathryn Krick devient cen­tral. Selon l’en­quête, lorsque les pre­mières alertes ont cir­culé dès 2018, env­i­ron la moitié de sa petite con­gré­ga­tion — une dizaine de femmes sur une ving­taine — a quit­té l’église en rai­son de ces accu­sa­tions. Sa réac­tion, doc­u­men­tée par des cour­riels et mes­sages, n’a pas été de sus­pendre la rela­tion ni d’ou­vrir une enquête interne, mais de défendre son men­tor, qual­i­fi­ant les accusatri­ces de menteuses et affir­mant que Geor­Davie était « pur, sem­blable au Christ ».

Il serait pour­tant injuste de réduire Kathryn Krick à cette seule zone d’om­bre. Son min­istère revendique des guérisons, des délivrances et des con­ver­sions réelles, doc­u­men­tées par de nom­breux témoignages, et une par­tie du monde charis­ma­tique con­tin­ue de la soutenir, esti­mant que les cri­tiques vien­nent surtout d’op­posants au min­istère de délivrance en général. Mais d’autres respon­s­ables, y com­pris dans les milieux pen­tecôtistes, s’in­quiè­tent de la per­son­nal­i­sa­tion crois­sante de son min­istère, de la place démesurée accordée à son « père spir­ituel », et du manque de redev­abil­ité extérieure — un défaut struc­turel qui a pré­cisé­ment per­mis à l’af­faire Geor­Davie de per­dur­er huit ans sans con­séquence publique majeure.

Une déc­la­ra­tion de Kathryn Krick résume à elle seule le prob­lème : elle explique devoir sa pro­pre onc­tion au fait d’être restée, « sans aucune honte », con­nec­tée à la source qu’est son père spir­ituel. Une phrase qui, à la lumière des accu­sa­tions portées con­tre cet homme, prend un relief par­ti­c­ulière­ment trou­blant.

Discerner sans juger, ni se taire

L’Écri­t­ure ne demande ni la cré­dulité aveu­gle ni la con­damna­tion hâtive, mais l’ex­a­m­en : « Éprou­vez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu » (1 Jean 4.1). Elle rap­pelle aus­si que des œuvres spec­tac­u­laires — mir­a­cles, prophéties, guérisons — ne suff­isent jamais à garan­tir qu’un min­istère vient de Dieu (Matthieu 7.22–23), et que toute accu­sa­tion portée con­tre un respon­s­able doit être exam­inée avec sérieux, non bal­ayée par loy­auté (1 Tim­o­th­ée 5.19–21).

L’af­faire Geor­Davie illus­tre un mécan­isme clas­sique des dérives sec­taires : une doc­trine de l’onc­tion trans­mise crée une dépen­dance ver­ti­cale ; cette dépen­dance rend le dis­ci­ple inca­pable de remet­tre en cause le men­tor sans se remet­tre lui-même en cause ; et cette inca­pac­ité pro­tège, de fait, celui qui abuse de sa posi­tion. Ce n’est pas un hasard si les six témoignages recueil­lis décrivent tous le même sché­ma : détourne­ment de la prière, intru­sion dans l’in­tim­ité, promesse d’un béné­fice spir­ituel, exi­gence de silence.

Reste la ques­tion que chaque chré­tien devrait se pos­er face à un min­istère puis­sant : sommes-nous con­duits vers Christ et sa Parole, seul médi­a­teur légitime (1 Tim­o­th­ée 2.5), ou vers la dépen­dance à un homme, à son onc­tion, et au silence qu’elle exige ?

Sources anglophones

  • Be Scofield, « L.A.‘s Viral Exor­cist Kathryn Krick Knew of Prophet’s Sex­u­al Abuse Alle­ga­tions », The Guru Mag­a­zine, 6 août 2026 : https://www.gurumag.com/l‑a-s-viral-exorcist-kathryn-krick-knew-of-prophets-sexual-abuse-allegations/
  • « Kathryn Krick Knew Of Sex­u­al Abuse Alle­ga­tions Against Men­tor, Defends Him as ‘Pure, Christ-like’ Any­way », Protes­tia (reprise de l’en­quête du Guru Mag­a­zine) : https://protestia.com/2026/08/07/kathryn-krick-knew-of-sexual-abuse-allegations-against-mentor-defends-him-as-pure-christ-like-anyway/
  • « Kathryn Krick Accused of Know­ing About Sex­u­al Abuse Alle­ga­tions Against Her ‘Spir­i­tu­al Father’ for Years », Jubilee Cast, 11 août 2026 : https://www.jubileecast.com/articles/38570/20260811/kathryn-krick-accused-of-knowing-about-sexual-abuse-allegations-against-her-spiritual-father-for-years.htm
  • « Rus­lan Talks to Whistle­blow­er About Claims That Kathryn Krick Knew of Sex­u­al Abuse Alle­ga­tions Against ‘Spir­i­tu­al Father’ Geor­Davie », Church Lead­ers : https://churchleaders.com/news/2221148-ruslan-whistleblower-kathryn-krick-sexual-abuse-allegations-geordavie.html
  • Chaîne YouTube ayant relayé l’en­quête, avec lien vers l’ar­ti­cle orig­i­nal du Guru Mag­a­zine : https://www.youtube.com/watch?v=F0GAsSnHsfY
MOTS CLEFS :abus spirituelévangile de la prospéritégeordaviskathryn Krickkingdom nowprophètesprophétisme
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