Le mot-clé « confinement énergétique » a connu sa première heure de gloire en avril dernier. À l’occasion de la 9ème intervention du président Macron au journal télévisé de 20 heures, ce jeudi sur TF1 et France 2, ce concept pourrait refaire surface et changer la vie des ménages, comme au temps du premier confinement Covid.
Le contexte fournit en tout cas la matière première à la prospective : à l’occasion d’un Conseil de défense tenu le 16 septembre, l’Élysée évoque désormais explicitement la hausse historique des carburants, les tensions sur le gaz, le quasi-blocage d’Ormuz, les difficultés du pipeline saoudien de Yanbu et la nécessité de sécuriser les approvisionnements pour les prochaines semaines et les prochains mois.
1. Essence : 30 € et 150km maxi par semaine
À 3 €/L et avec une consommation de 6,5 L/100 km, 30 € représentent environ 10 litres, soit 150 km. C’est peu pour quelqu’un qui travaille loin de chez lui. Dans notre scénario, une extension d’EcoWatt pourrait attribuer à chaque véhicule un quota hebdomadaire, affiché dans l’application et débité par QR code à chaque passage en station — les stations équipées (au hasard… Total Energie et son réseau de 4000 stations en France) étant les seules approvisionnées et donc, restées ouvertes. Le but serait simple : faire baisser immédiatement la demande et préserver les stocks. Les perturbations des approvisionnements saoudiens vers l’Europe donnent une raison supplémentaire à ce type de mécanisme.
Commentaire : le vrai sujet n’est donc pas seulement « 30 € ». C’est combien de kilomètres l’État considère-t-il comme nécessaires ? Un salarié faisant 40 km aller-retour cinq jours par semaine aurait déjà quasiment consommé son quota. Le quota deviendrait ainsi, mécaniquement, un quota de mobilité, préparant les esprits à la nécessité de transformer notre style de vie pour l’adapter aux “Villes à 15 minutes”, si chères aux mondialistes.
2. Télétravail obligatoire ?
Le télétravail est un moyen très efficace pour supprimer des millions de trajets sans interdire formellement la circulation. Deux jours à domicile par semaine pour les emplois compatibles réduiraient mécaniquement les kilomètres parcourus, donc la consommation de carburant. Le précédent existe : le plan français de sobriété énergétique avait déjà intégré le télétravail parmi les leviers de réduction de la consommation. Dans une crise plus sévère, l’incitation pourrait devenir obligation.
Commentaire : la question cachée, qui s’est déjàposée durant le Covid, serait « quels métiers seront considérés comme essentiels ? » Un informaticien peut travailler à distance ; un infirmier, un maçon ou un chauffeur, beaucoup moins. En cas de crise prolongée, la frontière pourrait toutefois s’élargir : administration, commerce, services, formation ou certaines activités tertiaires pourraient être classés comme « non essentiels sur site », basculer vers le télétravail obligatoire voire faire disparaître les professions “environnementalement incorrectes”. Et l’effet pourrait dépasser l’énergie : comme le « click and collect » pendant le Covid, la contrainte pourrait accélérer brutalement la numérisation des entreprises encore réticentes, déjà uberisées par des réglementations numériques toujours plus contraignantes (Loi RSE / sobriété, RGPD, NIS2, facturation électronique, etc.). Commerces, artisans et services pourraient être poussés à prendre commandes, paiements et rendez-vous en ligne pour continuer à fonctionner avec moins de déplacements. Avec une différence majeure : cette fois, la contrainte ne serait plus sanitaire mais énergétique. Et la question du chauffage ne disparaîtrait pas : elle se déplacerait en partie du bureau vers le domicile.

3. Arrêt des déplacements non essentiels
Ici, on passerait de la sobriété à la priorisation des déplacements. Travail, soins, alimentation, secours et services indispensables seraient considérés comme prioritaires ; loisirs et déplacements de confort pourraient être réduits ou interdits. Le Code de l’énergie fournit déjà un levier particulièrement puissant : en cas de pénurie, le gouvernement peut contrôler et répartir les produits énergétiques et prévoir leur rationnement.
Commentaire : la question explosive serait évidemment : qui décide ce qui est « essentiel » ? Une visite familiale à 150 km est-elle essentielle ? Un réunion à l’église ? Un week-end en famille ? Une sortie touristique ? À une époque où les français se restreignent déjà faute de budget, le carburant pourrait devenir une ressource administrée selon une hiérarchie des besoins soigneusement étudiée par des cabinets “escrologistes” financés par les taxes carbone. Quand à l’avion, n’en parlons plus : 2 vols par an et par personne seront la nouvelle norme socialement acceptable (sauf pour les grands de ce monde qui visent 2050 et dont les jets privés et les voitures de luxe échapperont toujours au contrôle).
4. Alternance des voitures par plaques
Le principe est brutalement simple : plaque paire un jour, impaire le lendemain, avec dérogations. L’objectif serait de réduire immédiatement le nombre de véhicules en circulation et donc la consommation. La France connaît déjà la circulation alternée fondée sur les immatriculations ; transposée à une crise pétrolière, elle deviendrait un outil de rationnement énergétique plutôt qu’un outil antipollution. Cela vous semble impossible à appliquer ? Souvenez-vous que vous avez imprimé et rempli vous-mêmes, bien docilement malgré la stupidité évidente de cette mesure illégale, votre propre autorisation de déplacement en 2021…
Commentaire : combinée au quota de 30 €, la mesure devient beaucoup plus puissante. On pourrait imaginer : vous avez encore 11,60 € de quota, mais votre voiture n’a pas le droit de circuler aujourd’hui. Le dispositif ne limiterait donc plus seulement l’achat de carburant ; il limiterait également l’utilisation du carburant acheté par le citoyen modèle, dont l’automobile électrique pourra à terme être arrêtée à distance. La célèbre phrase de Klaus Schwab (“vous ne posséderez rien et vous serez heureux”) ne choque plus personne : l’humanité heureuse est en marche vers le crédit social à la chinoise et les smart cities maintenant que tout est électronique : papiers et bientôt, argent.
5. 135 € d’amende
Le chiffre de 135 € évoque immédiatement les restrictions de circulation de 2020 et correspond déjà au montant forfaitaire de nombreuses contraventions de quatrième classe. Psychologiquement, et financièrement, l’impact est fort et le français se hâte en général de ne pas la contester et de l’acquitter avant 15 jours pour ne payer “que 90 euros” (dans le cadre d’une infraction au code de la route). On se souvient des millions de contrôles et du zèle des policiers à l’époque du Covid, qui avaient verbalisé d’une amende non minorée la pauvre dame qui se promenait sur la plage. Dans un scénario énergétique, une sanction de ce niveau pourrait accompagner les interdictions de circulation ou les restrictions de déplacement. Son objectif principal serait probablement dissuasif : rendre la règle suffisamment coûteuse pour empêcher son contournement massif.
Commentaire : le vrai changement serait psychologique : la sobriété deviendrait contrôlable. Un contrôle policier aléatoire ou une caméra type LAPI lit la plaque ; le système sait si elle peut circuler ; l’infraction génère automatiquement la contravention. Avec quota carburant, contrôle de plaques et amendes, on obtiendrait un dispositif beaucoup plus proche du contrôle automatisé que de la simple campagne de sensibilisation (impopulaire et inefficace) des ZFE : tout le monde jouerait le jeu au nom de l’intérêt collectif.
6. Plafonnement de puissance électrique dans les logements
L’idée serait de limiter temporairement la puissance disponible chez les particuliers pendant les périodes critiques, via Linky. Un foyer pourrait devoir choisir entre chauffage, four, chauffe-eau, sèche-linge ou recharge automobile plutôt que de tout faire fonctionner simultanément. La France dispose déjà de mécanismes de gestion des tensions du réseau et de délestage ; le plafonnement constituerait une étape différente : réduire à distance la consommation avant de couper.
Commentaire : cela pourrait produire une situation très concrète : « votre compteur fonctionne, mais pas pour tous vos appareils en même temps ». Une famille chauffée à l’électricité avec plusieurs enfants, un ballon électrique et une voiture rechargeable serait naturellement beaucoup plus exposée qu’un petit logement peu consommateur. On ne verrait pas ce que vivent certains pays d’Afrique, mais via l’application EcoWatt, les français pourraient suivre en temps réel la consommation énergétique du pays et mieux accepter que des restrictions horaires ou de puissance leur soient imposées.
7. Abaissement des quotas de gaz
Le gaz, dont les stocks ne sont rempli cette année qu’à 67% contre 84% en moyenne, pourrait être réparti selon un ordre de priorité : industries essentielles, infrastructures critiques, services indispensables, puis autres consommateurs. Le droit français prévoit déjà des mécanismes de sauvegarde en cas de pénurie énergétique, incluant le contrôle et la répartition des ressources. L’objectif serait de préserver les volumes disponibles pendant que la France chercherait de nouvelles sources d’approvisionnement.
Commentaire : le scénario le plus plausible est celui d’une réduction progressive plutôt qu’une coupure brutale. D’abord l’industrie ; ensuite les gros consommateurs ; puis, si la crise s’aggrave, les ménages. La question qui apparaîtrait alors serait : combien de mètres cubes de gaz un foyer aurait-il droit de consommer ? Et comment qualifier l’usage de ce gaz ? Par l’installation de l’équivalent gaz de Linky : le compteur communicant Gazpar. Pour l’heure, en Droit français, les ménages ne mourront pas de froid. Sauf rupture complète de nos stocks.
8. Rationnement alimentaire possible
C’est le scénario de niveau supérieur. Une crise énergétique prolongée finirait par toucher le transport routier, la chaîne du froid, les importations, les exploitations agricoles et la distribution. Le rationnement alimentaire deviendrait alors un moyen de garantir l’accès aux produits essentiels plutôt que de laisser les premiers arrivés vider les rayons. Les villes ne disposant que de 3 jours d’autonomie (au maximum, notre note moyenne étant plutôt de 2% !), on passerait de la gestion de l’énergie à la gestion globale des flux physiques.
Commentaire : le mot « rationnement » évoque immédiatement les tickets papier d’autrefois. Mais malgré une production locale (nos département exportent 97% de leur production pendant que nos grandes villes en importent 98%) en 2026, le scénario pourrait être numérique : compte individuel, quota, QR code, quantité disponible. Voire, comme en Inde pendant le Covid où tout fut permis, preuve de vaccination contre nourriture. La même architecture imaginée pour l’essence pourrait théoriquement être étendue à certains produits alimentaires en cas de crise majeure, le maire, puis le Préfet puis l’armée (le Génie) étant en charge de la distribution quand tout le reste a échoué.
9. Mobilisation ou ponction de l’épargne française
L’épargne constitue l’autre immense réservoir disponible — et ce n’est pas un mythe complotiste de dire que l’Etat pourrait y puiser. Une crise prolongée pourrait susciter des mesures fiscales supplémentaires, mais aussi une politique visant à orienter l’épargne vers les priorités nationales : défense, énergie, infrastructures ou dette publique. L’épargne des ménages finance déjà une partie importante de l’économie et de la dette publique française. Les dépôts bancaires restent aujourd’hui couverts jusqu’à 100 000 € par déposant et par établissement dans le cadre de la garantie des dépôts.
Commentaire : la question n’est donc pas nécessairement « l’État va-t-il saisir les comptes ? ». Un scénario beaucoup plus subtil serait : taxer davantage, encourager certains placements, rendre d’autres moins attractifs et orienter progressivement l’épargne privée vers le financement des besoins de l’État.
Et l’histoire européenne montre que, dans une crise bancaire extrême, la frontière peut devenir beaucoup plus brutale. À Chypre, en 2013, le plan de sauvetage bancaire a notamment prévu une mise à contribution des détenteurs d’actions et d’obligations, ainsi que la conversion en actions d’une partie des dépôts non garantis de Bank of Cyprus. Des contrôles de capitaux et des restrictions temporaires sur les retraits avaient également été instaurés. La différence entre confiscation, taxation, blocage temporaire et mobilisation de l’épargne est donc juridiquement considérable, mais peut devenir financièrement très concrète pour les ménages.
Le scénario complet : du conseil au quota
Pris séparément, ces neuf éléments paraissent hétérogènes. Mis bout à bout, ils dessinent quelque chose de beaucoup plus cohérent : 30 € d’essence → moins de kilomètres → télétravail → circulation alternée → contrôle automatique → puissance électrique limitée → gaz réparti → alimentation sécurisée → épargne mobilisée.
Et il existe déjà une architecture intellectuelle pour une partie de cette mécanique : EcoWatt fonctionne aujourd’hui sur le principe observer → alerter → modifier les comportements. Dans notre scénario prospectif, le changement décisif serait de passer de : « Nous vous demandons de réduire votre consommation. » à : « Voici votre quota. » C’est cette bascule, davantage que chacune des mesures prise isolément, qui ferait véritablement entrer la France dans une logique de confinement énergétique.

