L’article que Mario Murillo vient de consacrer le samedi 15 août à Kathryn Krick mérite une attention particulière. Non seulement parce qu’il accuse ouvertement Krick d’être une « fausse apôtre », mais surtout parce qu’il affirme qu’elle constitue un test pour l’ensemble du mouvement charismatique.
Selon Murillo, le problème n’est donc pas simplement celui d’une prédicatrice controversée. Kathryn Krick serait plutôt l’aboutissement extrême de dérives qui existent depuis longtemps dans certains milieux charismatiques : exaltation de l’expérience au détriment de la doctrine, obsession de la délivrance, multiplication des prophéties personnelles, marchandisation du miracle, amour de l’argent et concentration de l’autorité spirituelle entre les mains de leaders autoproclamés.
Murillo évoque notamment des pratiques de délivrance dans lesquelles l’argent aurait été associé à l’intervention divine. Il dénonce également l’autorité apostolique revendiquée par Krick et son lien avec GeorDavie, son « père spirituel ». Il estime particulièrement grave l’enseignement selon lequel le croyant aurait besoin d’un intermédiaire humain entre lui et Jésus (Krick est allée affirmer, pour défendre son mentor, que si elle désavouait son lien avec lui, elle “perdrait son onction”). Pour Murillo, cette conception entre directement en contradiction avec 1 Timothée 2:5 : « il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme ».
Mais son accusation la plus importante est ailleurs : pourquoi si peu de responsables charismatiques ont-ils publiquement dénoncé Krick ?
Sa réponse est sévère : parce qu’elle pousserait à l’extrême certaines pratiques déjà présentes dans le mouvement. La dénoncer obligerait donc certains responsables à se demander s’ils ne partagent pas eux-mêmes une partie du problème.
Murillo pose alors la question fondamentale : comment une personnalité aussi radicale a‑t-elle pu séduire autant de chrétiens ?
Pour lui, la réponse tient à un éloignement progressif du christianisme biblique. Lorsque les expériences émotionnelles prennent le dessus sur la connaissance de l’Écriture, lorsque les prophéties personnelles remplacent la Bible pour guider les croyants, lorsque la délivrance devient une obsession et que les miracles sont associés à l’argent, le terrain devient favorable aux personnalités dominatrices et aux dérives sectaires.
C’est finalement la véritable thèse de Murillo : Kathryn Krick n’est pas seulement un problème à traiter ; elle révèle un problème plus profond dans l’écosystème qui l’a rendue possible.
La question n’est donc plus seulement : « Qui est Kathryn Krick ? »
Elle devient : « Qu’est-il arrivé au discernement du mouvement charismatique pour qu’une figure comme Kathryn Krick puisse atteindre une telle influence ? »
Pour Murillo, la réponse passe par un retour à l’Écriture, au discernement, à l’humilité et au « premier amour ». Krick est ainsi devenue un test : la manière dont le mouvement charismatique réagira à son sujet révélera sa capacité, ou son incapacité, à se corriger lui-même.
Qui est Mario Murillo ?
Mario Murillo est un évangéliste américain issu du courant charismatique et revivaliste. Après sa conversion, il a commencé son ministère auprès des étudiants de l’Université de Berkeley. Il dirige aujourd’hui Mario Murillo Ministries, qui organise notamment de grandes campagnes d’évangélisation sous chapiteau, avec une forte emphase sur le réveil, la prédication, la prière pour les malades et la puissance surnaturelle de Dieu.
Son influence est importante dans le monde charismatique américain, même s’il n’en est évidemment pas le représentant officiel. Sa prise de position contre Kathryn Krick est donc particulièrement significative : ce n’est pas un critique extérieur qui attaque le mouvement ; c’est une personnalité issue de ce mouvement qui lui demande de s’examiner lui-même.
Et c’est précisément ce qui donne à son avertissement toute sa portée.

