En conclusion, je voudrais résumer le fond de l’affaire de la venue à Paris, le 27 août, de Kathryn Krick dans les locaux de La Méga Place, le centre de conférence loué par l’église parisienne ICC.
Nous ne contestons absolument pas le don d’évangéliste que Kathryn Krick a reçu. Nous pouvons même nous en réjouir. Mais, de notre côté, nous estimons qu’un évangéliste qui vient dans un pays doit se concerter avec les responsables des Églises locales et les pastorales des villes qu’il visite, afin d’assurer le suivi et l’accompagnement des personnes touchées par son ministère.
Ce que nous contestons davantage, c’est le ministère d’apôtre dont elle se dit investie : celui d’arriver quelque part avec le mandat d’implanter quelque chose de nouveau. Cela ne serait pas nécessairement problématique si nous savions clairement qui elle est, sous quelle autorité elle travaille et avec quels ministères elle collabore.
Or, ce qui vient d’être révélé au grand jour, c’est l’existence d’un pacte de secret qui la lie à un homme dont les pratiques ont fait l’objet de graves accusations et de témoignages troublants. Plus préoccupant encore, selon les éléments qui ont récemment été rendus publics, certaines de ces pratiques auraient été connues de Kathryn Krick et de plusieurs personnes ayant quitté le mouvement depuis 2018. Si ces éléments sont exacts, cela signifie qu’une situation profondément problématique aurait perduré pendant près de huit ans sans changement apparent.
La déclaration de Geordavis contestant ou niant les faits qui lui sont reprochés, le nouveau message public de soutien de Kathryn Krick, ainsi que les témoignages faisant état d’alliances « spéciales » conclues avec certaines femmes dans le but de leur transmettre son « onction », constituent pour nous des éléments particulièrement inquiétants.
Notre préoccupation est d’autant plus grande que nous ne parlons pas ici d’une simple relation privée entre deux personnes. Il est question d’autorité spirituelle, de transmission d’une « onction » et d’influence exercée sur des croyants. Dans ce contexte, la question de l’exemplarité et de la transparence devient absolument centrale.
Que dire alors ?
Qu’un enfant de Dieu est appelé à marcher dans la lumière.
À mon humble avis, Kathryn Krick devrait donc renoncer clairement à ce lien avec son mentor, reconnaître publiquement les problèmes qui ont été portés à la connaissance du public et s’en dissocier. Elle devrait également s’associer à des ministères établis, identifiables et transparents, capables d’assurer une véritable redevabilité pastorale.
Car, pour autant que je puisse en juger à partir des éléments actuellement disponibles, son travail semble largement fonctionner de manière indépendante. Même sa venue à Paris ne paraît pas, à ce stade, être portée ou encadrée par plusieurs ministères évangéliques locaux clairement identifiés. La billetterie présente son mouvement, 5F Church, comme l’organisateur de la campagne, tandis que l’ICC de Paris semble principalement intervenir comme lieu d’accueil ou de location de la salle.
Plus encore, une rencontre présentée comme une rencontre d’« impartation » avec son mentor est annoncée, alors que le lieu n’aurait, à ce stade, pas encore été communiqué publiquement. Il est légitime de se demander pourquoi cette rencontre ne se tient pas dans le cadre habituel de l’Église qui accueille la campagne. Est-ce simplement une question logistique ? Ou l’ICC souhaite-t-elle prendre ses distances avec la présence de cet homme dans ses propres locaux ? À ce stade, nous ne pouvons pas l’affirmer ; nous pouvons seulement poser la question.
Le terme même d’« impartation » mérite d’ailleurs d’être compris avec prudence. Dans certains milieux néo-pentecôtistes, il désigne la transmission ou la communication d’une « onction » ou d’une capacité spirituelle d’un ministre à d’autres croyants. C’est précisément cette conception qui soulève une question essentielle : lorsque l’on demande à des croyants de recevoir quelque chose d’un ministre et de se placer sous son influence spirituelle, quelles garanties avons-nous concernant le caractère, la vie et l’intégrité de celui qui transmet ?
Nous ne pensons donc pas qu’il soit excessif d’appeler à la prudence. Au contraire : lorsqu’une telle accumulation d’éléments apparaît, la prudence, le discernement et la demande de transparence sont des attitudes parfaitement légitimes.
Le problème n’est donc pas le zèle évangélique de Kathryn Krick.
Le problème est celui de l’autorité, de la transparence, de la redevabilité et du suivi pastoral. Et il faut aussi s’interroger sur la place que ce ministère entend prendre dans notre pays.
Car Jésus lui-même nous a sévèrement avertis au sujet des « scandales », ces pierres d’achoppement qui peuvent faire trébucher ceux qui viennent à lui avec un cœur sincère.
Notre responsabilité, dans cette affaire, n’est donc pas de condamner gratuitement une personne. Elle est de discerner, de vérifier, d’avertir lorsque cela est nécessaire et de protéger les croyants qui pourraient être entraînés dans une relation spirituelle dont ils ne mesurent pas nécessairement les implications.
C’est aussi cela, marcher dans la lumière.
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